L'Attracteur     No. 7 
Hiver 1999

LA REVUE DE PHYSIQUE">PHYSIQUE

ISSN 1207-0203

De nouveaux télescopes pour le nouveau millénaire

L'astronomie représente une course internationale phénoménale.  Les États-Unis possédaient depuis quelques années un avantage considérable avec leur télescope spatial Hubble.  Les Européens vont toutefois se hisser à la tête de l'astronomie dès l'aboutissement de leur projet déjà amorcé : le VLT (Very Large Telescope).

Ce projet, mené par l'ESO (European Southern Observatory), consiste à la mise sur pied de quatre immenses télescopes et de trois petits télescopes secondaires sur le plateau artificiel du mont Cerro Paranal, au Chili.  Ce site, situé à une altitude de 2630 mètres, bénéficie de 350 nuits par an sans nuage et d'une atmosphère extrêmement calme, qui, de plus, est très pauvre en vapeur d'eau (la vapeur d'eau brouille l'observation en spectroscopie).  Un des quatre grands télescopes a déjà été construit et a été utilisé pour la première fois le 25 mai dernier.  Son miroir de 8,2 mètres de diamètre est actuellement le plus grand au monde.  Les coûts pour soutenir un miroir normal de cette taille seraient exorbitants et inimaginables.  Les Européens ont donc conçu leur miroir beaucoup plus mince que ceux qu'on retrouve dans les télescopes déjà existants, ce qui réduit sa masse et sa rigidité.  Ce miroir peu rigide, et donc très déformable, doit, par conséquent, être supporté par 150 vérins (ou poutres).  Ces derniers jouent un double rôle : en plus de supporter le poids du miroir, les vérins peuvent être ajustés en hauteur, ce qui permet d'obtenir et de maintenir une courbure du miroir frisant la perfection.  Les premières images recueillies par le télescope sont d'ailleurs d'une netteté impressionnante.


Voici deux images prises par le télescope, gracieuseté de l'ESO (cliquez sur l'image pour la voir en pleine dimension) :

  • La nébuleuse Butterfly
  • La galaxie Messier 87


Ce télescope seul n'offre pas des performances comparables à celles du télescope Hubble, mais lorsque les sept télescopes seront opérationnels en 2001, ils se combineront pour former le meilleur télescope du monde.  Les Européens vont utiliser une technique nouvelle en astronomie pour combiner leurs sept télescopes : l'interférométrie.  En faisant simultanément pointer les sept télescopes sur un point, on peut, en couplant les faisceaux lumineux de chaque télescope, reconstituer une image d'une résolution aussi précise que si on avait utilisé un miroir unique recouvrant toute la surface entre les télescopes, soit un miroir de 130 mètres de diamètre.  Ce réseau de télescopes sera assez puissant pour distinguer un homme sur la lune! Pour atteindre une telle puissance, un montant de près de dix milliards de dollars sera nécessaire! L'ESO prévoit utiliser le VLT pour la mesure de paramètres cosmologiques, l'étude des quasars (objets les plus lumineux et les plus lointains de l'univers connu), la recherche des naines brunes (objets cosmiques trop gros pour être des planètes et trop petits pour être des étoiles) les objets de la ceinture de Kuiper (anneau elliptique au-delà de Neptune soupçonné de contenir un très grand nombre de noyaux cométaires, dont 30 ont déjà été découverts) ainsi que toutes les autres recherches à la mode en astronomie.

Cependant, les Américains n'ont pas l'intention de se laisser devancer dans le domaine de l'astronomie.  En l'an 2002, ils effectueront leur quatrième et dernière opération de ravitaillement au télescope Hubble, qu'ils laisseront ensuite s'aventurer dans l'espace où ils l'abandonneront à la prochaine défaillance technique.  Ils ont toutefois prévu le remplacer par les lancements dans l'espace de quatre autres télescopes spécialisés.  Deux seront sensibles à la lumière infra-rouge - SIRTF (Space Infrared Telescope Facility) en 2001 et NGST (Next Generation Space Telescope) en 2007 - et les deux autres utiliseront l'interférométrie - SIM (Space Interferometry Mission) en 2005 et TPS (Terrestrial Planet Finder) en 2013.  Ces projets ne sont pas encore concrétisés, mais si la NASA envoie ces télescopes dans l'espace, elle sera en mesure de faire des observations beaucoup plus précises et lointaines que ce qu'on peut imaginer.  Vraisemblablement, la course à l'exploration spatiale bat son plein et les découvertes cosmiques devraient pleuvoir dans les années à venir.

Vincent Farley j



Mise en page par Gilbert Vachon

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